Plus de 35 ans de pouvoir : MPS donne des leçons de cohérence à l’opposition
La possibilité d’un retour de Dr Succès Masra au gouvernement suscite déjà des réactions au sein du paysage politique tchadien. En dénonçant l’incohérence entre opposition et participation gouvernementale, Aziz Mahamat Saleh, secrétaire général du Mouvement Patriotique du Salut (MPS) , soulève une question qui mérite d’être posée : pourquoi une éventuelle collaboration entre Les Transformateurs et le pouvoir semble-t-elle autant déranger le régime actuel ?
Une sortie médiatique qui interroge
Invité sur les antennes de la télévision nationale, le secrétaire général du MPS, Aziz Mahamat Saleh, n’a pas caché son étonnement face à la posture politique de certains opposants qui souhaitent intégrer le gouvernement tout en contestant son programme.
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« Vous ne pouvez pas dire aujourd’hui que vous êtes de l’opposition et, en oui même temps, vouloir devenir membres du gouvernement. Ce n’est pas concevable », a-t-il déclaré. Avant de poursuivre : « Vous vous opposez à une politique en affirmant que vous n’adhérez pas au programme du chef de l’État. Vous boycottez ce programme et, parallèlement, vous dites vouloir le mettre en œuvre. Finalement, êtes-vous avec lui ou contre lui ? »
Une déclaration qui ne saurait passer inaperçue. Mais au-delà de la question de cohérence politique soulevée par le secrétaire général du MPS, c’est surtout le sens de cette sortie qui interpelle. Pourquoi une éventuelle entrée de Dr Succès Masra dans l’équipe gouvernementale suscite-t-elle autant de commentaires ?
Une opposition qui a déjà franchi les portes du pouvoir
Il convient de rappeler que Dr Succès Masra n’est pas le premier responsable politique issu de l’opposition à collaborer avec le régime. Saleh Kebzabo, figure historique de l’opposition tchadienne, a lui-même dirigé le gouvernement en qualité de Premier ministre. Laoukein Médard, autre acteur politique, a également participé à la gestion des institutions.
Dès lors, pourquoi le cas des Transformateurs devrait-il constituer une exception ? Si un parti politique historiquement opposé au pouvoir décide de participer à l’action gouvernementale, cela relève-t-il nécessairement d’une contradiction ou simplement d’un choix stratégique ?
La politique n’est-elle pas aussi l’art du compromis, du dialogue et de la participation à la gestion de la chose publique ?
Le MPS redoute-t-il un retour politique de Masra ?
Depuis sa sortie de prison, Dr Succès Masra a affiché sa disponibilité à travailler avec les autorités actuelles. Une posture qui pourrait ouvrir la voie à une nouvelle configuration politique, dans laquelle Les Transformateurs ne seraient plus uniquement dans la contestation, mais également dans une logique de participation.
Dans ce contexte, la déclaration du secrétaire général du MPS peut être interprétée comme une mise en garde politique. Mais elle soulève aussi une interrogation : le parti au pouvoir cherche-t-il à définir les limites de l’opposition et de sa participation aux affaires publiques ?
Si les Transformateurs devaient intégrer le gouvernement, serait-ce une menace pour le MPS ou une occasion supplémentaire de renforcer le dialogue politique ?
Trente-cinq ans de pouvoir, des questions toujours sans réponse
Au fond, le véritable débat dépasse la seule personne de Succès Masra. Il concerne la capacité du Tchad à construire une gouvernance ouverte à toutes les sensibilités politiques, sans transformer chaque rapprochement en sujet de suspicion.
Après plus de 36 ans de domination politique du MPS et de ses différentes configurations au pouvoir, les citoyens sont en droit de demander des comptes sur la gestion de la République, les résultats obtenus et les perspectives offertes aux générations futures.
La question n’est donc pas seulement de savoir si Succès Masra peut devenir ministre. Elle est aussi de comprendre pourquoi sa possible participation au gouvernement semble provoquer autant de crispations.
Dans une République, l’opposition doit pouvoir s’opposer, mais aussi participer lorsqu’elle le juge nécessaire. Encore faut-il que cette participation repose sur un véritable projet politique et non sur un simple partage du pouvoir.
Martin HIGDE NDOUBA
