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Pala : de quelle jeunesse parle le Premier ministre Allah-Maye Halina ?

À l’occasion de la 27e édition de la Fête nationale de la jeunesse, organisée à Pala, le Premier ministre Allah-Maye Halina a déclaré : « Une jeunesse qu’on écoute est une jeunesse qu’on respecte. » Une formule qui place l’écoute au cœur du discours officiel, mais soulève une question essentielle : cette parole concerne-t-elle toute la jeunesse tchadienne ou principalement celle qui gravite autour du pouvoir ?

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Jeunesse célébrée, mais est-elle réellement écoutée ?

Les discours officiels aiment faire de la jeunesse le moteur du développement, le symbole de l’espoir et la promesse d’un avenir meilleur. À Pala, le Premier ministre Allah-Maye Halina n’a pas dérogé à cette tradition. En affirmant qu’une jeunesse écoutée est une jeunesse respectée, il a rappelé un principe fondamental de la participation citoyenne.

Mais au-delà des mots, une interrogation demeure : quels espaces sont réellement accordés aux jeunes pour exprimer leurs préoccupations, défendre leurs idées et peser sur les décisions publiques ?

La Jeunesse tchadienne ne constitue pas un bloc homogène. Elle rassemble des étudiants confrontés aux difficultés universitaires, des diplômés en quête d’emploi, des entrepreneurs qui peinent à financer leurs projets, des jeunes ruraux privés de certaines infrastructures et des citoyens qui souhaitent participer à la vie publique sans nécessairement appartenir à une formation politique.

Peut-on prétendre écouter toutes ces voix lorsque les mécanismes de représentation sont eux-mêmes questionnés ?

CNJT, miroir de la diversité ou de ses limites ?

La composition du Conseil national de la jeunesse du Tchad (CNJT) constitue un enjeu central dans ce débat. Si cette institution est appelée à représenter les aspirations des jeunes, sa légitimité dépend notamment de sa capacité à refléter la diversité des opinions, des parcours et des préoccupations de cette catégorie de la population.

Lorsque des interrogations sont soulevées sur la place des jeunes proches du parti au pouvoir et sur la représentation des voix indépendantes, il devient nécessaire d’apporter des réponses concrètes. Il ne suffit pas de réunir des participants pour démontrer que toutes les sensibilités sont représentées.

Une fête nationale doit-elle être un espace de rassemblement autour d’une seule vision ou une tribune permettant aux jeunes, quelles que soient leurs convictions, de confronter leurs idées ?

Sans données précises sur la composition des délégations et les modalités de sélection des représentants, il serait prématuré de conclure à une mainmise politique. Toutefois, la question de la représentativité mérite d’être posée publiquement.

De la célébration aux actes : le véritable défi

La Fête nationale de la jeunesse ne devrait pas se limiter aux cérémonies, aux discours et aux applaudissements. Elle devrait permettre d’évaluer les politiques publiques destinées aux jeunes, de mesurer les progrès accomplis et d’identifier les engagements qui restent sans réponse.

L’accès à l’emploi, la qualité de l’éducation, la formation professionnelle, le financement des initiatives entrepreneuriales et la participation citoyenne figurent parmi les sujets qui méritent une attention particulière. Ce sont ces réalités quotidiennes qui donnent un contenu concret à la promesse d’écoute.

À Pala, les autorités ont l’occasion de transformer cette célébration en un véritable rendez-vous de dialogue. Cela suppose d’ouvrir les discussions aux organisations indépendantes, aux associations locales, aux étudiants, aux jeunes travailleurs et à ceux qui ne disposent d’aucun relais politique.

L’écoute ne se proclame pas, elle se démontre

En déclarant qu’une jeunesse écoutée est une jeunesse respectée, Allah-Maye Halina pose une exigence dont les pouvoirs publics doivent accepter les conséquences. Écouter signifie aussi entendre les critiques, reconnaître les difficultés et associer les jeunes aux décisions qui engagent leur avenir.

La Jeunesse tchadienne n’attend pas seulement d’être célébrée une fois par an. Elle attend des perspectives, des opportunités et des espaces où sa parole peut produire des changements.

Au fond, la question adressée au Premier ministre dépasse le cadre de Pala : comment démontrer que toutes les voix comptent, y compris celles qui ne partagent pas la ligne du pouvoir ?

Car une jeunesse véritablement respectée ne se mesure ni au nombre de participants à une cérémonie ni à l’enthousiasme des discours. Elle se mesure à la place qu’elle occupe dans les décisions publiques et aux réponses apportées à ses préoccupations. À Pala, le débat reste donc ouvert : de quelle jeunesse parle-t-on lorsque l’on affirme vouloir l’écouter ?

Martin HIGDE NDOUBA

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