ONU : 81 ans après sa création, Afrique toujours aux marges
En 1945, lorsque l’ONU voyait le jour, la majeure partie de l’Afrique vivait encore sous domination coloniale et n’avait quasiment aucune voix dans les affaires internationales. Quatre-vingt-un ans plus tard, le monde a profondément changé, mais la représentation du continent au Conseil de sécurité demeure largement en décalage avec son poids démographique, politique et géopolitique. Une anomalie que le secrétaire général António Guterres qualifie désormais d’injuste et d’indéfendable.
Héritage de 1945 qui perdure
Le constat est difficile à ignorer. Le Conseil de sécurité compte quinze membres, dont cinq permanents disposant du droit de veto : Chine, États-Unis, France, Royaume-Uni et Russie. Aucun ne représente directement l’Afrique. Le continent dispose uniquement de sièges non permanents, attribués pour deux ans. En 2026, la République démocratique du Congo et la Somalie siègent ainsi au Conseil, mais sans pouvoir de veto ni statut permanent.
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Lors de l’ouverture de la 81e session de l’Assemblée générale, António Guterres a remis cette question au centre du débat. Il a rappelé qu’en 1945, la plupart des pays africains étaient encore colonisés et n’avaient pas voix au chapitre. Selon lui, un Conseil de sécurité du XXIe siècle sans représentation permanente africaine est « injuste et indéfendable ».
Afrique au cœur des crises, mais loin du pouvoir
Le paradoxe est saisissant. L’Afrique occupe une place importante dans l’agenda du Conseil de sécurité, notamment sur les questions de conflits, de maintien de la paix et de sécurité internationale. Elle représente également une part majeure des opérations de maintien de la paix de l’ONU. Pourtant, lorsqu’il s’agit de participer durablement aux décisions qui engagent l’ordre mondial, le continent reste privé de siège permanent.
C’est précisément cette contradiction que Guterres dénonce. L’Afrique est sollicitée lorsqu’il faut gérer les crises, mobiliser des soldats, accueillir des réfugiés ou appliquer des décisions internationales. Mais lorsqu’il faut définir les règles du système, sa voix reste limitée.
Réforme devenue incontournable ?
L’Union africaine réclame depuis longtemps une représentation permanente au Conseil de sécurité. Sa position commune prévoit notamment deux sièges permanents et cinq sièges non permanents pour l’Afrique, avec les mêmes prérogatives que les autres membres permanents, y compris le veto si celui-ci est maintenu.
L’ONU reconnaît désormais officiellement que la représentation africaine doit être traitée comme une question prioritaire dans la réforme du Conseil. Mais entre les déclarations diplomatiques et une véritable transformation institutionnelle, le chemin reste long.
À quoi sert l’Afrique dans l’ordre mondial ?
La question dépasse donc le seul fonctionnement de l’ONU. Elle touche à la place politique du continent dans le monde. Comment demander à l’Afrique de contribuer à la paix et à la sécurité internationales tout en lui refusant une représentation permanente dans l’organe qui en définit les grandes orientations ?
Quatre-vingt-un ans après la création de l’ONU, le problème n’est plus seulement celui d’une absence. C’est celui d’une architecture mondiale conçue dans un autre siècle et qui peine encore à refléter les réalités du XXIe siècle.
L’Afrique ne demande pas nécessairement un privilège. Elle revendique une place correspondant à son poids et à son rôle dans les affaires internationales. Reste désormais à savoir si les grandes puissances accepteront de transformer les discours sur l’inclusion en réforme concrète.
Car une organisation mondiale qui prétend parler au nom de tous ne peut éternellement laisser une partie majeure du monde à la porte de la pièce où se prennent les décisions.
Martin HIGDE NDOUBA

