Tchad : RGPH-3, MPS en première ligne
Conçu comme une opération statistique au service de l’État, le troisième Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH-3) est en train de prendre une dimension politique. Sur le terrain, le MPS apparaît comme le principal moteur de la mobilisation, au point de susciter des interrogations sur la neutralité d’un exercice pourtant essentiel à la planification du développement.
A Lire aussi/Audience foraine à Zabré : 13 dossiers jugés en une journée
Quand le recensement change de visage
Le recensement de la population est, par définition, un exercice technique. Son objectif est de fournir des données fiables permettant à l’État d’anticiper les besoins en écoles, hôpitaux, logements, infrastructures ou encore emplois. En principe, il s’agit d’une opération administrative, conduite dans la neutralité et au bénéfice de tous les citoyens.
Pourtant, depuis le lancement du RGPH-3, le MPS s’impose comme l’acteur le plus visible de la campagne de sensibilisation. Dans plusieurs provinces, les structures du parti présidentiel organisent des réunions, mobilisent leurs militants et participent à des collectes de fonds destinées à soutenir l’opération. Des chefs traditionnels sont également associés aux efforts de mobilisation, tandis que des membres du gouvernement assurent des missions sur le terrain.
Cette forte présence du MPS donne progressivement au recensement une coloration politique qui dépasse son objectif initial.
Neutralité mise à l’épreuve
Le débat ne porte pas sur l’utilité du recensement. Celle-ci est incontestable. Les statistiques qui en découlent orienteront les politiques publiques pour les prochaines années. Elles permettront d’évaluer les besoins réels des populations et de mieux répartir les investissements.
La question est ailleurs : pourquoi le MPS semble-t-il être le seul parti véritablement engagé dans cette mobilisation ? L’absence visible des autres formations politiques nourrit l’idée que cette opération nationale devient aussi un terrain d’affirmation politique.
Même si la participation du MPS peut être interprétée comme un acte de civisme, elle expose également le processus à des critiques sur son impartialité. Or, la confiance des citoyens constitue la première condition de réussite d’un recensement.
État face à un défi de crédibilité
Le RGPH-3 appartient à la République, non à un parti politique. Son succès dépendra de la capacité des autorités à convaincre tous les citoyens que les données recueillies seront objectives, transparentes et utilisées exclusivement au service du développement.
Le MPS peut naturellement encourager ses militants à participer à cette opération. Mais l’État doit veiller à ce que cette mobilisation ne soit pas perçue comme une appropriation politique d’un exercice national.
Au-delà des chiffres, c’est la crédibilité des institutions qui est en jeu. Le recensement doit rester un outil de connaissance du pays et non devenir un instrument de démonstration de force partisane. Car, lorsqu’une opération d’intérêt national semble portée principalement par le MPS, la question n’est plus seulement celle de la confiance que les citoyens accordent aux résultats.
Martin HIGDE NDOUBA

