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CRISE POLITIQUE AU BÉNIN : PATRICE TALON DÉCHU, LA JUNTE MILITAIRE ANNONCE UNE REFONDATION

Le Comité Militaire pour la Refondation (CMR) affirme avoir renversé ce dimanche 7 décembre 2025 le président béninois Patrice Talon, dissous la Constitution et pris le contrôle des principaux leviers de l’État. La situation reste cependant confuse à Cotonou, aucune confirmation officielle n’ayant encore été donnée par le gouvernement ou des sources indépendantes.

Selon une allocution diffusée en boucle sur la télévision nationale, des officiers se réclamant du CMR annoncent la « destitution » du président Patrice Talon et la dissolution de l’ensemble des institutions issues de la Constitution de 1990. Le mouvement serait conduit par le lieutenant-colonel Pascal Tigri, qui se présente comme président du Comité militaire pour la Refondation chargé de conduire la transition.

Des tirs et mouvements de troupes ont été rapportés au petit matin à Cotonou, et la résidence du chef de l’État dans le quartier Guézo aurait été prise pour cible par des éléments armés, sans qu’un bilan humain ne soit disponible à ce stade. Les auteurs du putsch revendiquent la suspension de la loi fondamentale, la mise « à l’écart » du président Talon et l’instauration d’un régime d’exception sous l’autorité du CMR.

Dans une allocution audio attribuée au Comité militaire pour la refondation, les officiers affirment qu’ils « prennent leurs responsabilités » face à ce qu’ils décrivent comme des dérives graves du régime de Patrice Talon, citant la dégradation de la situation sécuritaire au nord du pays, le sort des soldats tombés au front et leurs familles laissées sans soutien. Ils dénoncent également des mises à la retraite et des radiations massives dans les forces de sécurité et la fonction publique, la fin de la prise en charge de certains malades par l’État, la précarisation du corps enseignant, la mauvaise gestion du secteur agricole, la concentration des secteurs stratégiques de l’économie au profit d’une minorité, ainsi que un climat de répression politique marqué par des arrestations, l’exil de responsables et des restrictions des libertés publiques. En conclusion, les putschistes annoncent la suspension de la Constitution de novembre 2019, la dissolution de toutes les institutions, la suspension des partis politiques, la fermeture des frontières et la prise de tous les pouvoirs par l’armée, tout en appelant les fonctionnaires et les populations à poursuivre normalement leurs activités et en promettant à la communauté internationale le respect des engagements extérieurs du Bénin ainsi que des droits humains

Profil du CMR et du lieutenant-colonel Tigri

Le CMR est présenté par ses initiateurs comme un organe de transition militaire chargé de « refonder » les institutions, sans que sa base légale, sa composition exacte ni son ancrage dans la hiérarchie de l’armée béninoise ne soient clairement établis. Les communiqués lus à la télévision ne donnent pour l’instant que peu de détails sur la feuille de route, en dehors de la promesse d’une future « restauration de l’ordre constitutionnel » à une date non précisée.[2][1]

Le lieutenant-colonel Pascal Tigri, jusqu’ici peu connu du grand public, est mentionné comme le chef du mouvement et le nouvel homme fort autoproclamé du pays. Aucune biographie officielle récente ne permet pour l’instant de situer précisément son parcours au sein des Forces armées béninoises, ce qui contribue au climat d’incertitude qui entoure la prise de parole des putschistes.[1][2]

Rupture brutale dans la trajectoire politique du Bénin

Depuis son accession au pouvoir en 2016, Patrice Talon avait fait du Bénin l’un des pays présentés comme relativement stables en Afrique de l’Ouest, malgré de vives critiques internes sur le durcissement du régime et plusieurs dossiers judiciaires visant des opposants. Ces dernières années, les autorités avaient déjà annoncé l’échec d’une tentative de coup d’État en 2024, impliquant des proches du chef de l’État et relançant le débat sur la succession prévue pour 2026.

Lire aussi : TENTATIVE DE COUP D’ÉTAT DÉJOUÉE AU BÉNIN : COMMENT LES FORCES LOYALES ONT SAUVÉ LE POUVOIR DE PATRICE TALON

Le basculement militaire annoncé ce 7 décembre survient dans un contexte régional marqué par une série de putschs au Sahel et dans le golfe de Guinée, où les armées se présentent de plus en plus comme des acteurs de « refondation » politique face à des régimes jugés autoritaires ou impopulaires. S’il se confirme, ce renversement placerait le Bénin dans la liste des pays dirigés par des juntes militaires, avec toutes les incertitudes que cela comporte pour l’économie, les libertés publiques et les alliances diplomatiques.

Incertitudes et enjeux à surveiller

Plusieurs éléments restent à confirmer dans les heures à venir : le sort personnel du président Patrice Talon, le degré d’adhésion de l’ensemble de l’armée au CMR, la réaction des forces de sécurité restées loyales au pouvoir civil et la position de la communauté internationale. Le risque d’affrontements internes ne peut être exclu si des unités refusent de se rallier aux putschistes, ce qui rend la situation potentiellement volatile à Cotonou et dans le reste du pays.

Pour l’instant, aucune déclaration publique du gouvernement renversé ou des institutions régionales telles que la CEDEAO n’a été rendue disponible, alors que l’organisation s’est montrée particulièrement active sur les précédents coups d’État dans la sous-région. Dans un tel contexte, la prudence reste de mise quant à l’interprétation des annonces du CMR, en attendant des confirmations croisées, tout en rappelant le respect du droit international, de l’ordre constitutionnel et des principes démocratiques que cette prise de pouvoir militaire vient frontalement remettre en cause.

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