Cancer au Burkina Faso : « Le cancer n’est pas une condamnation ,on peut en guérir » affirme Larissa BOGNANA de l’Association Tietaa Main Tendue
Octobre Rose est une occasion de rappeler l’importance du dépistage précoce et de l’accompagnement des personnes atteintes de cancer. Dans une interview accordée à Sahel Actu, la camarade Larissa BOGNANA, vice-présidente de l’association Tietaa Main Tendue, revient sur les actions menées par sa structure, les difficultés rencontrées par les patients et les défis de la lutte contre le cancer au Burkina Faso. Elle lance également un appel aux femmes, aux familles, aux pouvoirs publics et aux partenaires pour renforcer la prévention et la prise en charge des malades.
Sahel Actu : Pour commencer, pouvez-vous nous présenter votre association, ses principales missions et surtout les besoins auxquels elle répond auprès des personnes touchées par le cancer ?
Larissa BOGNANA : Tietaa Main Tendue est une association à but non lucratif et non confessionnelle, créée le 29 décembre 2018 par des hommes et des femmes interpellés par la propagation inquiétante du cancer au Burkina Faso.
En langue dagara, « Tiètaa » signifie « s’épauler ». Depuis notre création, nous œuvrons dans la lutte contre le cancer à travers la sensibilisation, le dépistage et l’accompagnement des personnes malades ainsi que de leurs familles.
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Concrètement, nous apportons aux personnes touchées par la maladie un soutien moral et financier. Nous effectuons également des visites et les accompagnons dans leur parcours de prise en charge auprès des services de santé. Notre objectif est de leur permettre de traverser cette épreuve avec davantage de soutien et de dignité.
Sahel Actu : Octobre Rose est consacré à la sensibilisation contre le cancer du sein. Quelles activités menez-vous concrètement durant ce mois et quels publics souhaitez-vous particulièrement toucher ?
Larissa BOGNANA : Notre programme est principalement axé sur la sensibilisation et le dépistage, avec une attention particulière portée aux femmes. Il est toutefois important de rappeler que le cancer du sein peut également toucher les hommes.
Cette année, nous avons choisi de mettre un accent particulier sur la jeunesse, notamment les adolescents en milieu scolaire. Nous estimons que les jeunes constituent des relais essentiels pour diffuser une information juste et durable au sein des familles et des communautés.
Nous avons également prévu une journée de sensibilisation et de dépistage en milieu rural, le mardi 13 octobre 2026, dans la commune rurale de Koubri.
En parallèle, nous organisons des visites auprès des patients que nous accompagnons, à domicile, afin de leur apporter un soutien moral, des kits de vivres, des produits d’hygiène et, selon les besoins, une aide financière.
Enfin, nous clôturerons notre campagne par une activité sportive dénommée « Fitness Rose », que nous organisons depuis cinq ans. Elle se tiendra le 31 octobre au Centre aéré de la BCEAO, à partir de 16 heures. Cette activité vise à associer le sport, la convivialité et la sensibilisation à la lutte contre le cancer.
Sahel Actu : Malgré les nombreuses campagnes de sensibilisation, certaines femmes hésitent encore à se faire dépister. Quels sont les principaux obstacles qui expliquent cette situation ?
Larissa BOGNANA : Plusieurs facteurs expliquent cette réticence. Il y a notamment le manque d’information sur la maladie, la peur du diagnostic, la honte et les nombreux tabous liés aux pathologies mammaires et gynécologiques.
Certaines femmes redoutent de découvrir qu’elles sont malades, tandis que d’autres ne disposent pas d’informations suffisantes sur l’importance du dépistage. Il est donc essentiel de poursuivre les campagnes de sensibilisation afin de libérer la parole, de déconstruire les préjugés et d’encourager les femmes à consulter sans attendre l’apparition de signes inquiétants.
Sahel Actu : Lorsqu’une personne est diagnostiquée avec un cancer, son parcours peut être particulièrement éprouvant. Comment votre association accompagne-t-elle concrètement les patients et leurs familles sur les plans social, psychologique et matériel ?
Larissa BOGNANA : En effet, le parcours de prise en charge du cancer est souvent difficile, long et coûteux. Les patients et leurs familles sont confrontés à de nombreuses difficultés, aussi bien émotionnelles que financières.
C’est pourquoi notre association intervient à plusieurs niveaux. Nous apportons un soutien moral et financier aux personnes malades, organisons des visites à domicile et leur offrons un accompagnement dans leur parcours de soins auprès des structures sanitaires.
Nous essayons également de répondre, dans la mesure de nos moyens, à certains besoins matériels des patients. Au-delà de l’aide apportée, notre présence permet de leur rappeler qu’ils ne sont pas seuls face à la maladie et qu’ils peuvent compter sur la solidarité de leur entourage et de la communauté.
Sahel Actu : Votre association mène également des actions de plaidoyer auprès des structures publiques et privées. Quelles sont aujourd’hui vos principales attentes pour améliorer la prise en charge des personnes atteintes de cancer au Burkina Faso ?
Larissa BOGNANA : Notre plaidoyer porte principalement sur trois points essentiels.
Premièrement, nous plaidons pour une prise en charge rapide des malades dès le diagnostic, car le temps est un facteur important dans le parcours de soins.
Deuxièmement, nous souhaitons que les patients puissent bénéficier d’un accompagnement psychologique tout au long de leur traitement.
Le cancer n’affecte pas uniquement le corps : il peut également avoir des conséquences importantes sur le moral des patients et sur l’équilibre de leurs familles.
Troisièmement, nous appelons à davantage de subventions et de soutiens financiers. Aujourd’hui, le cancer représente un véritable problème de santé publique qui nécessite des moyens importants pour assurer les soins.
Nous encourageons donc les pouvoirs publics, les structures privées et les partenaires à renforcer leurs engagements afin que les personnes les plus vulnérables puissent accéder aux soins dans de meilleures conditions.
Sahel Actu : Beaucoup de personnes considèrent encore le cancer comme une condamnation. Quel message adressez-vous à celles et ceux qui ont peur du dépistage ou pensent qu’il est inutile de consulter en l’absence de symptômes ?
Larissa BOGNANA : Notre message est simple : on guérit du cancer !
Cependant, comme on le surnomme parfois, le cancer peut être silencieux et être découvert à un stade déjà avancé. C’est pourquoi il est important de ne pas attendre l’apparition de symptômes pour s’intéresser à sa santé.
Nous encourageons chacun à consulter régulièrement un professionnel de santé et à se faire examiner dès qu’une anomalie est constatée.
La prévention et, surtout, le dépistage précoce sont essentiels pour augmenter les chances de vaincre la maladie. Il ne faut donc ni céder à la peur ni considérer le diagnostic comme une fatalité. Plus tôt une anomalie est identifiée, plus rapidement une prise en charge adaptée peut être envisagée.
Sahel Actu : Comment faire pour que la sensibilisation et le dépistage ne soient pas limités au seul mois d’Octobre Rose, mais deviennent de véritables habitudes de santé au sein de la population ?
Larissa BOGNANA : À Tietaa Main Tendue, nous sommes conscients que la lutte contre le cancer ne doit pas se limiter à un seul mois de l’année. C’est pourquoi nous poursuivons nos activités tout au long de l’année, conformément à notre programme d’actions.
Nous continuons à sensibiliser les populations et à promouvoir les pratiques de prévention et de dépistage. Il est important que chacun comprenne que prendre soin de sa santé doit être une préoccupation permanente.
Nous devons donc multiplier les initiatives, toucher davantage de communautés et encourager les consultations auprès des professionnels de santé. Octobre Rose doit être un point de départ pour renforcer les comportements préventifs, et non une parenthèse dans la lutte contre le cancer.
Sahel Actu : Pour terminer, quel message souhaitez-vous adresser aux femmes, aux familles des patients, aux pouvoirs publics et aux partenaires susceptibles de soutenir votre association ?
Larissa BOGNANA : Aux femmes, je dirais : observez votre corps, apprenez à le connaître et prenez votre santé physique et mentale au sérieux. Évitez autant que possible le stress, apprenez les gestes d’autosurveillance adaptés et consultez un professionnel de santé à la moindre anomalie. L’autopalpation peut aider à remarquer un changement, mais elle ne remplace pas un examen médical ni les dépistages recommandés.
Aux familles des patients, je demande de témoigner beaucoup d’amour aux malades, de les écouter et surtout de ne pas les juger. Chaque patient réagit différemment aux traitements et les effets secondaires peuvent varier d’une personne à l’autre. Le soutien familial est donc essentiel pour les aider à traverser cette épreuve.
Aux pouvoirs publics, nous reconnaissons les efforts engagés à travers le Programme national de lutte contre le cancer. Nous espérons que cette dynamique se poursuivra et se renforcera, notamment par des actions concrètes et des subventions permettant de soulager davantage les patients et leurs familles.
Enfin, aux partenaires et aux bonnes volontés, nous lançons un appel à soutenir davantage Tiètaa Main Tendue. Ce soutien nous permettra d’améliorer l’assistance financière aux personnes qui sollicitent notre aide et de contribuer à la prise en charge complète de certains patients issus de familles particulièrement démunies.
La lutte contre le cancer est une responsabilité collective. Ensemble, nous pouvons renforcer la prévention, faciliter l’accès aux soins et apporter davantage d’espoir aux personnes touchées par cette maladie.
Sahel Actu : Merci à la camarade Larissa BOGNANA, vice-présidente de l’association Tietaa Main Tendue, pour cet entretien.
Entretien réalisé par Amina KABO DJARMAH pour Sahel Actu.



