Tchad : Abderaman Koulamallah, les communes au cœur du débat
Au Sénat, une phrase a suffi pour remettre sur la table une question que beaucoup évitent. En s’interrogeant sur l’utilité réelle des mairies d’arrondissement, Abderaman Koulamallah a exposé l’une des faiblesses les plus visibles de la décentralisation tchadienne : des communes souvent sans pouvoir réel, dirigées davantage par logique politique que par compétence administrative.
Tabou des mairies d’arrondissement
Lors de l’interpellation du vice-premier ministre Limane Mahamat devant le Sénat, la sortie d’Abderaman Koulamallah n’avait rien d’une simple provocation politique. « Quel est le rôle réel des mairies d’arrondissement ? Est-ce qu’ils ne sont pas inutiles ? », a-t-il lancé devant une assemblée visiblement surprise par la franchise de la question.
Mais derrière cette interrogation se cache une réalité que les citoyens vivent quotidiennement. Routes dégradées, insalubrité persistante, absence d’éclairage public, urbanisation anarchique : dans plusieurs communes, les mairies semblent absentes des préoccupations de la population. En posant cette question, Abderaman Koulamallah a surtout mis en lumière l’échec d’une décentralisation qui peine à produire des résultats concrets.
Abderaman Koulamallah ouvre le débat qui dérange
La théorie de la décentralisation repose sur un principe simple : rapprocher l’administration des citoyens. Pourtant, dans la pratique, les communes disposent rarement des moyens financiers et administratifs nécessaires pour agir efficacement.
A Lire aussi/Partenariat pétrolier : le Niger et la Chine signent plusieurs protocoles d’accord stratégiques
Le problème est aussi politique. Dans plusieurs cas, accéder au poste de maire dépend davantage de l’appartenance au régime que d’une véritable compétence en gestion locale. Cette logique transforme certaines mairies en simples relais politiques plutôt qu’en institutions capables de répondre aux besoins des habitants.
La remarque d’Abderaman Koulamallah résonne alors comme un constat d’échec. Comment demander des résultats à des structures qui n’ont ni autonomie budgétaire suffisante ni réelle liberté de décision ?
Décentralisation à repenser
Depuis plusieurs années, la décentralisation est présentée comme un pilier de la gouvernance moderne au Tchad. Pourtant, les réalités du terrain racontent une autre histoire. Les citoyens continuent de se tourner vers l’État central pour résoudre des problèmes qui devraient normalement relever des communes.
En soulevant cette question devant le Sénat, Abderaman Koulamallah oblige désormais les autorités à ouvrir un débat longtemps évité : faut-il maintenir des mairies d’arrondissement aux pouvoirs limités ou engager une réforme profonde de leur fonctionnement ?

Le malaise est d’autant plus visible que certaines communes donnent l’impression d’exister uniquement sur le plan administratif, sans véritable impact sur le quotidien des habitants.
L’intervention d’Abderaman Koulamallah dépasse donc le cadre d’un échange parlementaire. Elle traduit une frustration collective face à des institutions locales souvent jugées inefficaces. La question n’est plus seulement de savoir si les mairies d’arrondissement sont utiles, mais plutôt comment leur redonner une utilité réelle.
Car sans moyens, sans transparence et sans indépendance politique, la décentralisation reste un slogan plus qu’une réalité. Et tant que cette réforme sera guidée par des intérêts partisans, les communes continueront de perdre la confiance des citoyens.
Avec cette sortie remarquée, Abderaman Koulamallah vient peut-être de lancer un débat national que beaucoup attendaient en silence.
Martin HIGDE NDOUBA