Ali Ahmat Akhabache: combien d’assassinats sur les 20 000 interpellations?
Auditionné au Sénat, le ministre de la Sécurité publique Ali Ahmat Akhabache a mis en avant un bilan chiffré de la lutte contre le banditisme. Mais l’absence de données sur les crimes violents, notamment les assassinats, interroge sur l’efficacité réelle de cette stratégie.
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Un bilan chiffré mis en avant
Le 22 avril 2026, devant les sénateurs, Ali Ahmat Akhabache a défendu l’action de son département en matière de sécurité. Selon lui, plus de 20 000 individus qualifiés de bandits ont été interpellés depuis 2021. Parmi eux, 1 356 ont été transférés à la prison de haute sécurité de Koro Toro, symbole de la fermeté de l’État face à la criminalité.
À travers ces chiffres, Ali Ahmat Akhabache entend démontrer l’ampleur des efforts engagés. Cette communication s’inscrit dans une volonté de rassurer une opinion publique régulièrement confrontée à des faits divers violents.
Cependant, ce bilan soulève des interrogations majeures. Si le nombre d’interpellations est élevé, aucune donnée n’est fournie concernant les assassinats enregistrés sur la même période. Or, ces crimes constituent un indicateur central de l’évolution de l’insécurité.
Le silence de Ali Ahmat Akhabache sur cette question alimente les doutes. Sans statistiques précises sur les homicides, il devient difficile d’évaluer si les mesures prises ont permis de réduire les violences les plus graves ou si celles-ci demeurent à un niveau préoccupant.
Un décalage avec le vécu des populations
Dans la capitale comme dans d’autres centres urbains, le sentiment d’insécurité reste largement partagé. Les témoignages évoquent des agressions en pleine journée, des vols à l’arraché et des attaques visant des conducteurs. Ces réalités quotidiennes contrastent avec les chiffres avancés par Ali Ahmat Akhabache.
Ce décalage entre discours officiel et perception populaire fragilise la crédibilité des autorités. Pour de nombreux citoyens, la sécurité ne se mesure pas au nombre d’arrestations, mais à la diminution tangible des actes criminels dans leur environnement immédiat.
Au-delà des interpellations, la question du suivi judiciaire reste posée. Si 1 356 personnes ont été transférées à Koro Toro, le sort des autres individus arrêtés demeure flou. Ont-ils été jugés, condamnés ou relâchés faute de preuves ?
Cette opacité limite la portée des annonces de Ali Ahmat Akhabache. Une politique sécuritaire efficace ne se résume pas à l’arrestation, mais repose sur une chaîne pénale complète, de l’enquête à la condamnation.
Transparence et crédibilité en question

Pour renforcer la confiance, les autorités sont attendues sur un effort de transparence. La publication de données détaillées sur les assassinats, les poursuites judiciaires et les condamnations permettrait d’apporter une lecture plus complète de la situation sécuritaire.
En l’état, les déclarations de Ali Ahmat Akhabache apparaissent comme partielles. Dans un contexte où les crimes violents continuent d’alimenter l’inquiétude, l’enjeu dépasse la communication : il s’agit de démontrer, chiffres à l’appui, une amélioration réelle et durable de la sécurité.
Martin HIGDE NDOUBA