Dengue à N’Djaména : fallait-il attendre des morts pour assainir la capitale ?
Pulvérisation, assainissement, destruction des gîtes larvaires, dépistage et sensibilisation : la Commune de la ville de N’Djaména annonce une offensive sur plusieurs fronts contre la propagation de la dengue. Mais cette mobilisation, qui intervient dans une capitale confrontée depuis longtemps à l’insalubrité, soulève une question : pourquoi faut-il attendre une urgence sanitaire pour s’attaquer aux problèmes d’assainissement ?
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Une mobilisation municipale sous pression
La menace sanitaire semble enfin pousser les autorités municipales à sortir de leur réserve. Face à la progression de la dengue, la Commune de la ville de N’Djaména annonce le renforcement de son dispositif de riposte dans les dix arrondissements. À travers sa Direction de l’assainissement, de l’environnement et de la santé (DAES), plusieurs opérations sont engagées pour tenter de contenir l’épidémie.
Le maire de la ville s’est même rendu sur le terrain pour superviser les équipes opérationnelles. Au programme : pulvérisation contre les moustiques adultes, nettoyage des espaces publics, évacuation des dépôts sauvages et destruction des lieux de reproduction des moustiques.
Le calendrier établi le 19 octobre 2026 prévoit une intervention progressive dans les dix arrondissements. Après les 10e, 8e, 1er, 7e, 9e et 5e arrondissements, les opérations doivent se poursuivre dans les 4e, 3e, 2e et 6e arrondissements, avant une phase d’évaluation.
Des chiffres qui auraient dû provoquer une réaction plus rapide
Cette mobilisation intervient dans un contexte particulièrement préoccupant. Selon le rapport de situation couvrant la période du 22 au 26 octobre 2026, le Tchad a enregistré 4 600 cas suspects, 353 cas confirmés et 14 décès dans six provinces. N’Djaména concentre à elle seule 2 045 cas suspects, 288 cas confirmés et six décès.
Ces chiffres ne sont pas de simples statistiques. Ils traduisent une urgence sanitaire qui exige une réponse rapide, coordonnée et durable. La dengue ne se combat pas uniquement avec des campagnes ponctuelles de pulvérisation. Elle prospère aussi dans les environnements où les eaux stagnantes, les déchets et les récipients abandonnés favorisent la multiplication des moustiques.
Or, à N’Djaména, les problèmes d’insalubrité ne datent pas d’hier. Caniveaux obstrués, dépôts anarchiques d’ordures, eaux stagnantes et quartiers insuffisamment assainis font partie du quotidien de nombreux habitants.
Des moyens annoncés, mais des interrogations persistantes
Pour intensifier la riposte, la municipalité envisage également le recours à des drones agricoles pour certaines opérations de pulvérisation aérienne, sous réserve de la validation technique du ministère de la Santé publique et de la Prévention.
Une campagne de pulvérisation intradomiciliaire est aussi annoncée. Elle devrait mobiliser plus de 2 000 agents pendant vingt jours dans les dix arrondissements. À cela s’ajouterait le déploiement de plusieurs bennes TP et de pelles chargeuses pendant trente jours pour accélérer les opérations d’assainissement.
La commune prévoit également de mettre des tests rapides de diagnostic à la disposition des districts sanitaires et des centres de santé. Des campagnes de sensibilisation doivent toucher les ménages, les commerçants, les chefs de quartiers et les associations.
Ces mesures sont nécessaires. Mais leur annonce suffit-elle à rassurer une population exposée depuis plusieurs semaines à la dengue ? La prévention aurait dû constituer une priorité permanente, et non une réponse dictée par l’ampleur d’une épidémie.
L’assainissement ne doit pas être une opération de circonstance
Il serait injuste de nier l’importance des initiatives annoncées par la municipalité. Toutefois, une capitale ne peut prétendre lutter efficacement contre la dengue sans une politique d’assainissement régulière, visible et rigoureuse.
Pourquoi attendre que les hôpitaux accueillent davantage de malades et que des décès soient enregistrés pour intensifier le nettoyage des quartiers ? Pourquoi les caniveaux, les marchés et les espaces publics ne font-ils pas l’objet d’un entretien systématique tout au long de l’année ?
La lutte contre la dengue ne saurait reposer uniquement sur les pulvérisateurs, les drones et les engins de ramassage. Elle exige une véritable politique urbaine, des moyens permanents, un contrôle des dépôts anarchiques et une responsabilisation des citoyens.
La municipalité doit désormais transformer ses annonces en résultats mesurables. Car, au-delà de la communication institutionnelle, ce sont les conditions de vie des habitants qui sont en jeu.
La dengue aura au moins eu le mérite de rappeler une évidence : l’assainissement d’une ville ne doit jamais attendre une épidémie pour devenir une priorité.
Martin HIGDE NDOUBA

