Logement : Banque de l’Habitat face à l’épreuve de l’accessibilité
Créée pour faciliter l’accès des Tchadiens à un logement décent, la Banque de l’Habitat du Tchad suscite des interrogations alors que devenir propriétaire demeure un rêve inaccessible pour une grande partie de la jeunesse. À l’occasion de la Journée mondiale de l’habitat, célébrée le 5 octobre 2026, l’heure est au bilan : quels résultats concrets cette institution a-t-elle obtenus pour les ménages modestes ?
Banque créée pour répondre à un besoin essentiel
Avoir un toit à soi reste l’un des grands rêves des familles tchadiennes. Mais à N’Djaména, entre la flambée des prix des terrains, le coût des matériaux de construction et les revenus souvent insuffisants, ce rêve ressemble de plus en plus à un luxe. Dans ce contexte, une question mérite d’être posée : à quoi sert réellement la Banque de l’Habitat du Tchad si l’accès à la propriété demeure aussi difficile ?
Créée en 2015 et approuvée par la Commission bancaire de l’Afrique centrale en 2017, la Banque de l’Habitat du Tchad avait pour ambition de faciliter le financement immobilier, de soutenir le logement social et d’accompagner les particuliers dans l’acquisition de leur résidence.
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Près d’une décennie après sa création, le débat ne devrait plus porter uniquement sur ses missions officielles, mais sur les résultats mesurables obtenus : combien de familles ont-elles pu acquérir un logement grâce à ses crédits ? Combien de jeunes ont bénéficié de ses mécanismes de financement ? Et quelle part de ses interventions profite réellement aux ménages à faibles revenus ?
Des terrains hors de portée des jeunes
La réalité du marché immobilier est préoccupante. Selon une enquête publiée en août 2026 par la presse locale, citant le président de l’Ordre national des architectes du Tchad, le mètre carré de terrain peut atteindre 300 000 FCFA dans certains quartiers de la capitale. Dans des localités périphériques comme Koundoul, Etena ou Toukra, une parcelle peut coûter entre 500 000 et 700 000 FCFA.
Ces montants ne représentent pourtant que le début des dépenses. Il faut ensuite acheter les matériaux, payer la main-d’œuvre et, parfois, financer les raccordements à l’eau et à l’électricité. Pour un jeune salarié, un fonctionnaire débutant ou un entrepreneur aux revenus irréguliers, réunir une telle somme relève souvent du parcours du combattant.
La Banque de l’Habitat du Tchad est donc confrontée à une exigence majeure : proposer des crédits adaptés aux revenus réels des populations, avec des conditions de remboursement accessibles. Car une banque spécialisée dans l’habitat perd une partie de sa raison d’être si ses solutions restent hors de portée de ceux qui en ont le plus besoin.
Le logement social, une promesse à concrétiser
La Journée mondiale de l’habitat, instituée par les Nations unies en 1985 et célébrée chaque premier lundi d’octobre, invite les États à réfléchir aux conditions de vie urbaines et au droit à un logement convenable.
Au Tchad, cette ambition suppose une politique cohérente associant l’État, les collectivités territoriales, les établissements financiers et les promoteurs immobiliers. La Banque de l’Habitat du Tchad pourrait jouer un rôle central en développant des prêts à taux bonifiés, des garanties pour les primo-accédants et des partenariats permettant de construire des logements sociaux à prix maîtrisés.
Mais les ambitions ne suffisent pas. Il faut aussi publier des données transparentes sur les crédits accordés, les bénéficiaires, les montants mobilisés et les logements effectivement construits. Sans ces indicateurs, impossible d’évaluer sérieusement l’impact de l’institution.
Quel bilan pour les contribuables ?
Le défi dépasse la seule question bancaire. Il concerne l’avenir d’une jeunesse qui aspire à l’autonomie, à la stabilité familiale et à la constitution d’un patrimoine. Si les politiques publiques ne permettent pas de rapprocher les prix de l’immobilier des capacités financières des ménages, la propriété restera réservée à une minorité.
La Banque de l’Habitat du Tchad doit ainsi démontrer, chiffres à l’appui, sa capacité à transformer sa mission en solutions concrètes. L’accès au logement ne peut pas se limiter à des discours lors des journées internationales. Au fond, la question est simple : après toutes ces années, combien de Tchadiens peuvent réellement affirmer que cette banque leur a permis d’avoir un toit ?
Martin HIGDE NDOUBA
