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Écoles de paille : les provinces, grandes oubliées

Des images publiées par la presse locale Alwihda Infos montrent des écoles primaires publiques construites en paille et en terre battue dans certaines provinces du Tchad. Une réalité qui interroge les promesses de développement et pose une question essentielle : peut-on construire le Tchad de demain avec des infrastructures scolaires qui semblent appartenir à une autre époque ?

Une image difficile à accepter

À première vue, ces images pourraient être prises pour des photographies d’archives datant de plusieurs décennies. Pourtant, elles montrent bien la réalité actuelle de certaines écoles primaires publiques du Tchad. Des salles de classe en paille, des murs en terre battue, des conditions d’apprentissage précaires : le contraste avec le discours officiel sur la modernisation du pays est saisissant.

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Au XXIᵉ siècle, voir des enfants étudier dans de telles conditions devrait provoquer davantage qu’une simple indignation passagère. Une école n’est pas seulement un bâtiment. Elle constitue le premier espace dans lequel un enfant apprend, se construit et prépare son avenir. Lorsque cet environnement est précaire, c’est toute la promesse d’égalité des chances qui est fragilisée.

Peut-on développer un pays sans investir dans ses écoles ?

L’éducation est généralement présentée comme l’un des moteurs essentiels du développement. Mais cette ambition reste difficile à concrétiser lorsque les infrastructures de base font défaut.

Comment demander aux enseignants d’obtenir de bons résultats lorsque les conditions matérielles sont aussi difficiles ? Comment convaincre les familles que l’éducation est une priorité lorsque leurs enfants doivent parfois apprendre sous des abris de fortune ? Et surtout, comment préparer une génération capable de participer au développement économique et social du pays si l’école publique reste aussi éloignée des standards élémentaires ? La question dépasse donc largement celle des bâtiments, elle concerne la vision même du développement national.

Les provinces, grandes oubliées ?

La situation de certaines écoles provinciales révèle également une fracture territoriale. Alors que les grandes villes voient apparaître des infrastructures modernes, de nombreux enfants vivant en milieu rural continuent de fréquenter des établissements rudimentaires.

Cette différence pose la question de la répartition des investissements publics. Le développement ne devrait pas se mesurer uniquement à la construction de routes, de bâtiments administratifs ou d’infrastructures urbaines. Il devrait aussi se mesurer à la capacité de l’État à offrir à chaque enfant, où qu’il vive, un cadre digne pour apprendre.

Ces images doivent donc servir d’alerte. Elles ne devraient pas être perçues comme une attaque contre l’État, mais comme un rappel de ses responsabilités.

Qui sauvera l’école publique ?

Le défi est immense, mais il n’est pas insurmontable. L’État, les collectivités territoriales, les partenaires au développement et les communautés doivent unir leurs efforts pour réhabiliter les infrastructures les plus dégradées.

Car derrière chaque mur en terre battue se trouve un enfant qui rêve peut-être de devenir médecin, enseignant, ingénieur ou journaliste. Lui demander de construire l’avenir du pays tout en lui offrant une école du passé relève d’une contradiction difficilement défendable.

Le véritable développement du Tchad commencera aussi lorsque chaque enfant pourra entrer dans une école digne de ce nom, quelle que soit sa province. La modernisation d’un pays ne se juge pas seulement à ses grands projets : elle se mesure également à la qualité de la salle de classe dans laquelle apprend son enfant le plus éloigné.

Martin HIGDE NDOUBA

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