Endourria : face au risque sanitaire, le réveil tardif des autorités
Dans le 7ᵉ arrondissement de N’Djaména, une opération de contrôle menée dans plusieurs unités artisanales de fabrication d’huile d’arachide, communément appelée endourria, a mis au jour des conditions d’hygiène préoccupantes. Insalubrité, déchets déversés sur la voie publique et raccordements inappropriés : les constats interrogent moins sur une opération ponctuelle que sur la surveillance régulière d’un produit largement consommé.
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Une alerte qui ne devrait pas surprendre
L’opération conduite par la Police sanitaire municipale, avec l’appui de la Police municipale et sous la responsabilité de Mme Nadifa Narebaye, secrétaire de séance, avait pour objectif de vérifier le respect des normes d’hygiène dans plusieurs unités artisanales de production d’huile d’arachide.
Sur place, les agents ont constaté plusieurs manquements : lieux de production insalubres, règles élémentaires d’hygiène insuffisamment respectées, déchets abandonnés sur la voie publique et toilettes raccordées aux canaux d’évacuation des eaux pluviales.
Ces constats sont suffisamment sérieux pour poser une question simple : comment de telles pratiques peuvent-elles perdurer dans des lieux produisant des denrées destinées à la consommation quotidienne ?
L’endourria n’est pas un produit marginal. Elle occupe une place dans les habitudes alimentaires de nombreux ménages et constitue également une source de revenus pour des producteurs et commerçants. Mais précisément parce qu’elle est largement consommée, sa fabrication devrait faire l’objet d’un contrôle régulier et rigoureux.
Contrôle ne peut pas être seulement ponctuel
À la suite de l’opération, une dizaine de responsables d’unités ont été convoqués afin de répondre des manquements relevés et de prendre les dispositions nécessaires pour se conformer aux règles en vigueur.
Cette démarche est nécessaire. Mais elle ne saurait constituer l’aboutissement de la politique sanitaire. Car une question demeure : combien d’unités similaires échappent encore aux contrôles ?
Le problème n’est pas de désigner publiquement des producteurs avant même que les autorités sanitaires n’établissent d’éventuelles conséquences médicales. Il est de comprendre pourquoi des conditions manifestement incompatibles avec les exigences d’hygiène peuvent être découvertes seulement à l’occasion d’une opération ciblée.
Pour huile d’endourria, comme pour toutes les denrées alimentaires produites artisanalement, la prévention doit primer sur la réaction. Les autorités doivent pouvoir contrôler, sensibiliser, sanctionner lorsque cela est nécessaire et surtout accompagner les producteurs vers des conditions de fabrication conformes.
Santé publique ne peut attendre
L’endourria mérite donc davantage qu’une simple opération de contrôle suivie de convocations administratives. Elle appelle une politique durable de surveillance de la chaîne de production, de formation des fabricants et d’information des consommateurs.
Aucune donnée communiquée dans cette opération ne permet, à ce stade, d’affirmer que des consommateurs ont été contaminés ou que des décès sont liés à cette production. Mais l’absence de données ne doit pas devenir une raison pour attendre une crise sanitaire avant d’agir.
La véritable question est désormais celle de la continuité : les contrôles vont-ils se poursuivre dans les autres arrondissements ? Les unités présentant des risques seront-elles réellement mises aux normes ? Et les résultats des inspections seront-ils régulièrement rendus publics ?
Pour l’endourria, la prévention sanitaire ne devrait pas commencer lorsque les autorités découvrent l’insalubrité. Elle devrait commencer bien avant, au moment même où le produit entre dans la chaîne de fabrication. Car en matière de santé publique, mieux vaut une autorité qui contrôle trop tôt qu’une autorité qui se réveille trop tard.
Martin HIGDE NDOUBA

