Alcool frelaté : fermer les usines, sauver des vies
À N’Djamena, la lutte contre les boissons dangereuses ne peut plus se limiter aux saisies ponctuelles dans les marchés. L’opération menée au marché de Dembé révèle une circulation préoccupante de produits illicites. Au-delà des stocks retirés du commerce, c’est toute une chaîne de fabrication, de distribution et de consommation de l’alcool frelaté qu’il faut désormais interroger.
À Dembé, la saisie qui alerte
Ce lundi, la police municipale a frappé un grand coup au marché de Dembé. D’importants stocks de boissons présentées comme illicites ont été saisis lors d’une opération destinée à protéger les consommateurs et à retirer du circuit commercial des produits potentiellement dangereux.
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Cette intervention remet au premier plan une question devenue difficile à éviter : combien de temps encore les autorités peuvent-elles se contenter de récupérer les sachets après leur arrivée sur les étals ?
Car derrière chaque saisie d’alcool frelaté, il existe généralement un circuit. Quelqu’un fabrique, quelqu’un transporte, quelqu’un stocke et quelqu’un vend. Tant que ces maillons restent actifs, les opérations de contrôle risquent de ressembler à un éternel jeu du chat et de la souris.
Le marché ne peut pas être le seul coupable
À N’Djamena, les marchés constituent souvent le dernier maillon visible de cette économie informelle. C’est donc là que les contrôles commencent. Mais c’est aussi là qu’ils risquent de s’arrêter.
Or, combattre l’alcool frelaté exige davantage qu’une confiscation. Il faut remonter la filière, identifier les lieux de production, contrôler les circuits d’approvisionnement et sanctionner ceux qui mettent délibérément en danger la santé des consommateurs.
Le problème n’est donc pas seulement celui du vendeur installé devant sa boutique ou de la bouteille saisie sur un étal. Il concerne également les structures qui permettent à ces produits de parvenir jusqu’aux consommateurs.
Fermer les fabriques, pas seulement les étals
La véritable efficacité de la lutte contre l’alcool frelaté se mesurera moins au nombre de bouteilles saisies qu’à la capacité des autorités à démanteler les réseaux qui les produisent et les distribuent.
Si des unités clandestines ou des installations locales servent à fabriquer ces boissons, leur identification et leur fermeture doivent devenir une priorité. Une bouteille retirée de la vente ne représente qu’une victoire temporaire si dix autres peuvent la remplacer dès le lendemain.
La lutte contre l’alcool frelaté doit ainsi changer d’échelle : contrôle des matières premières, inspections régulières, traçabilité des produits, fermeture des sites clandestins et sanctions réellement dissuasives.
Une bataille de santé publique
Derrière ce commerce se trouve surtout une question de santé publique. Les consommateurs, particulièrement les jeunes, ne disposent pas toujours des moyens de connaître la composition exacte des boissons qu’ils achètent.
L’alcool frelaté n’est donc pas une simple affaire de commerce informel. C’est un risque sanitaire qui mérite une réponse coordonnée entre police, municipalité, services de santé et autorités chargées du commerce.
L’opération de Dembé doit servir d’avertissement. Saisir est nécessaire. Mais saisir sans remonter jusqu’à la source revient à vider un océan avec une cuillère.
Pour être crédible, la lutte contre l’alcool frelaté doit désormais s’attaquer aux fabriques, aux réseaux et aux complicités qui permettent à ces produits de continuer à circuler.
Martin HIGDE NDOUBA


