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Burkina : 18 médicaments homologués, réveil de la souveraineté sanitaire

À Manga, le Burkina Faso vient de franchir une étape symbolique et stratégique dans la reconnaissance de la médecine traditionnelle. Avec plus de 18 médicaments traditionnels désormais homologués, le pays affirme une ambition qui dépasse largement la santé : reprendre confiance en ses savoirs, ses ressources et sa capacité à produire ses propres solutions thérapeutiques.

Le continent africain a longtemps consommé les médicaments des autres tout en regardant avec méfiance ses propres savoirs thérapeutiques. Pourtant, dans les villages comme dans les grandes villes, la médecine traditionnelle demeure la première réponse sanitaire pour des millions de personnes. Le Burkina Faso semble désormais décidé à sortir cette réalité de l’ombre.

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Réunis à Manga du 31 août au 5 septembre 2026 dans le cadre de la 14ᵉ Semaine nationale de la médecine traditionnelle et alternative, les acteurs du secteur ont célébré une avancée majeure : plus de 18 médicaments issus de la pharmacopée traditionnelle sont aujourd’hui homologués et reconnus pour leur utilisation.

Ce chiffre, à lui seul, raconte une évolution. Celle d’un pays qui ne veut plus considérer la médecine traditionnelle comme une pratique marginale, tolérée à défaut d’être encadrée. Le Burkina Faso choisit désormais la voie de la réglementation, de la recherche scientifique et de la reconnaissance institutionnelle.

Quand la tradition rencontre la science

Selon le ministère burkinabè de la Santé, plus de 80 % de la population recourt à la médecine traditionnelle. Une réalité qui rendait presque inévitable l’intervention de l’État.

Car reconnaître la médecine traditionnelle ne signifie pas distribuer un blanc-seing à tous les produits vendus au nom des plantes et des recettes ancestrales. Il s’agit au contraire d’encadrer les praticiens, d’autoriser l’exercice, d’homologuer les produits et surtout d’évaluer leur efficacité et leur innocuité.

C’est tout l’enjeu de cette 14ᵉ édition placée sous le thème de l’introduction des médicaments traditionnels améliorés dans les directives nationales de prise en charge des maladies. Derrière cette formule technique se dessine une ambition plus profonde : faire dialoguer les savoirs hérités des générations avec les exigences de la science moderne. Le Burkina Faso comprend ainsi qu’il ne peut y avoir de véritable souveraineté sanitaire sans valorisation des ressources locales.

Souveraineté commence aussi dans les pharmacies

L’Afrique importe une grande partie des médicaments qu’elle consomme. Cette dépendance coûte cher aux économies nationales et expose les populations aux fluctuations des marchés internationaux, aux ruptures d’approvisionnement et parfois à des produits dont les conséquences sont insuffisamment connues localement.

Dans ce contexte, l’initiative du Burkina Faso mérite d’être observée avec attention. Produire, tester et homologuer des médicaments issus des ressources locales, ce n’est pas rejeter la médecine moderne. C’est refuser de croire que la santé africaine doit nécessairement venir d’ailleurs.

Le véritable enjeu est là : transformer la pharmacopée traditionnelle en une industrie scientifique, sécurisée et capable de répondre aux besoins des populations.

Le Burkina Faso ouvre peut-être une voie que d’autres pays africains gagneraient à explorer sérieusement. Car le continent possède une biodiversité exceptionnelle et un patrimoine thérapeutique transmis depuis des siècles. Encore faut-il investir dans la recherche, les laboratoires, la formation et les mécanismes de contrôle.

Ce qui se joue aujourd’hui à Manga dépasse donc la reconnaissance de 18 médicaments traditionnels. Le Burkina Faso envoie un message : l’Afrique doit cesser d’opposer tradition et modernité.

La souveraineté sanitaire ne signifie pas fermer ses frontières aux médicaments étrangers. Elle signifie avoir le choix. Et ce choix commence par la confiance dans ses propres capacités.

Le réveil africain ne se fera pas uniquement dans les discours politiques ou les sommets internationaux. Il peut aussi commencer dans un laboratoire, au cœur d’une plante médicinale, dans la recherche scientifique et dans la volonté de transformer les savoirs ancestraux en solutions modernes.

À Manga, le Burkina Faso vient peut-être de rappeler une évidence : pour soigner durablement l’Afrique, il faudra aussi apprendre à croire en ce qu’elle possède déjà.

Martin HIGDE NDOUBA

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