Sécurité alimentaire : le Tchad ne doit plus compter sur le ciel
La campagne agricole 2026-2027 s’annonce déjà sous tension. Dans plusieurs provinces, le déficit pluviométrique fait craindre une baisse des productions agricoles. Pour un pays où l’essentiel des cultures dépend encore des précipitations, le constat est implacable : attendre la pluie ne peut plus constituer une politique agricole. La Sécurité alimentaire du Tchad passe désormais par la maîtrise de l’eau, l’irrigation et la modernisation des exploitations.
Le ciel ne peut plus être le premier fournisseur des greniers
Pendant des décennies, le calendrier agricole tchadien a été rythmé par l’arrivée des pluies. Mais le climat change, les saisons deviennent plus imprévisibles et les épisodes extrêmes se multiplient. Sécheresses, pluies irrégulières, inondations et températures élevées fragilisent une agriculture déjà peu mécanisée.
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Le paradoxe est saisissant. Le Tchad dispose d’un potentiel agricole considérable : environ 39 millions d’hectares de terres cultivables, selon des données reprises dans des documents sectoriels, dont quelque 5,6 millions d’hectares seraient irrigables. Pourtant, seule une fraction de ce potentiel est effectivement exploitée.
Plus révélateur encore, les superficies cultivées restent très limitées par rapport aux possibilités du pays. Une analyse de la Banque mondiale estimait à 4,5 millions d’hectares les surfaces cultivées en 2017, soit environ 11 % des terres arables, tandis que seulement 43 000 hectares étaient alors irrigués.
Des milliards de mètres cubes d’eau, mais une agriculture vulnérable
Le problème du Tchad n’est donc pas uniquement l’absence d’eau. Il réside aussi dans son incapacité à suffisamment la mobiliser et la conserver. Le pays dispose d’environ 43 milliards de mètres cubes de ressources renouvelables en eaux de surface et souterraines, mais ces ressources restent largement sous-utilisées.
Les dégâts provoqués par les aléas climatiques rappellent régulièrement le prix de cette dépendance. En 2022, des inondations historiques ont touché environ 1,3 million de personnes dans 19 des 23 provinces. En 2024, les inondations ont affecté près de 1,9 million de personnes, avec des conséquences importantes sur les récoltes et les moyens de subsistance.
Ces chiffres devraient suffire à provoquer un changement de modèle. La Sécurité alimentaire ne peut être abandonnée aux caprices du ciel.
Irriguer, produire, stocker : l’urgence nationale
Le Tchad doit désormais investir massivement dans les petits et grands périmètres irrigués, les barrages, les retenues d’eau, les systèmes de pompage solaire et la récupération des eaux de pluie. Il doit également renforcer l’accès aux semences améliorées, aux engrais, au crédit agricole et à la mécanisation.
L’enjeu est d’autant plus urgent qu’environ 3 millions de personnes devraient connaître une situation d’insécurité alimentaire aiguë durant la période de soudure de juin à août 2026, selon les dernières projections disponibles.
La Sécurité alimentaire doit donc cesser d’être uniquement une réponse humanitaire aux crises. Elle doit devenir une stratégie économique et souveraine.
Ne plus attendre la prochaine pluie
Le Tchad possède des terres, de l’eau et un immense potentiel agricole. Ce qui lui manque surtout, c’est une politique suffisamment ambitieuse pour transformer ces ressources en production durable.
La Sécurité alimentaire exige de produire davantage, mais surtout de produire indépendamment des incertitudes climatiques. De protéger les terres fertiles, de restaurer les sols dégradés et d’anticiper les inondations. Enfin, la Sécurité alimentaire doit devenir un investissement prioritaire de l’État, au même titre que les infrastructures ou l’énergie.
Car lorsque la pluie manque, ce n’est pas seulement le champ qui souffre. C’est le marché, le ménage, l’éleveur, le commerçant et finalement toute l’économie nationale. Le ciel peut encore apporter la pluie. Mais le Tchad ne peut plus lui confier son destin.
Martin HIGDE NDOUBA


