66 ans d’indépendance : N’Djamena toujours dans l’obscurité
À N’Djamena, la fête de l’indépendance se joue désormais en deux temps. Le jour, les uniformes, les drapeaux et les défilés militaires donnent à la capitale les couleurs de la souveraineté. La nuit venue, l’obscurité reprend ses droits. Dans une ville où les coupures d’électricité font partie du quotidien et où certains lampadaires publics ressemblent davantage à des décors qu’à des équipements urbains, la célébration des 66 ans d’indépendance soulève une question aussi simple que gênante : que vaut la souveraineté lorsque la lumière manque encore ?
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Défilé sous les projecteurs, ville dans le noir
Dans la matinée, la Place de la Nation accueille le traditionnel défilé militaire. Uniformes impeccables, véhicules, drapeaux et autorités : la République célèbre avec solennité ses 66 années d’indépendance. Mais quelques heures plus tard, le décor change.
À mesure que la nuit tombe sur N’Djamena, certains quartiers replongent dans l’obscurité. Les commerces réduisent leurs activités, les familles s’organisent autour de groupes électrogènes ou de lampes rechargeables et les rues deviennent moins accueillantes.
La contradiction est saisissante : une capitale qui célèbre son indépendance dans la journée et qui, la nuit, donne parfois l’impression de revenir à une époque où l’électricité relevait encore du luxe.
Électricité, l’autre bataille de l’indépendance
Les chiffres donnent une autre dimension à cette réalité. Selon les données de la Banque mondiale, seulement 12 % de la population tchadienne avait accès à l’électricité en 2023. Autrement dit, près de neuf tchadiens sur dix restaient privés d’un accès à l’électricité selon cet indicateur. Dans un pays qui aspire à accélérer son développement économique, cette situation constitue un handicap majeur.
L’électricité n’est plus seulement une question de confort. Elle conditionne l’éducation, la santé, la conservation des aliments, l’activité des entreprises, les services numériques et la sécurité des villes.
À N’Djamena, l’obscurité devient donc le symbole d’un problème beaucoup plus vaste : celui d’un développement qui peine encore à fournir les infrastructures essentielles.
Des lampadaires qui attendent leur heure
Il suffit parfois de parcourir certains axes de la capitale à la tombée de la nuit pour mesurer le paradoxe. Des lampadaires sont installés, mais tous ne fonctionnent pas régulièrement. D’autres semblent avoir été conçus pour éclairer davantage les promesses que les rues.
Pourtant, des investissements sont annoncés. Un projet soutenu par la Banque mondiale prévoit notamment l’installation de 100 000 compteurs à N’Djamena d’ici décembre 2027, contre 2 137 recensés en août 2025 dans le cadre de cet indicateur de projet.
Le Tchad mise également sur le solaire. Dans le cadre du Projet d’accès à l’énergie, 145 000 kits solaires sont prévus ou distribués à des ménages à prix subventionné, avec l’ambition d’améliorer l’accès à l’électricité à plusieurs millions de personnes.
L’indépendance ne devrait pas s’arrêter au coucher du soleil
Il ne suffit donc plus de célébrer l’indépendance par des cérémonies officielles. La véritable souveraineté se mesure aussi à la capacité d’un État à éclairer ses villes, alimenter ses hôpitaux, faire fonctionner ses écoles et permettre à ses entreprises de travailler sans dépendre chaque soir d’un groupe électrogène.
À 66 ans, le Tchad peut difficilement se satisfaire d’une indépendance célébrée sous les projecteurs alors que, quelques heures plus tard, une partie de sa capitale retrouve l’obscurité.
Le défilé militaire rappelle la souveraineté politique. Les rues plongées dans le noir rappellent, elles, le chemin qu’il reste à parcourir vers la souveraineté énergétique.
Et tant que la lumière ne sera pas une réalité quotidienne pour le plus grand nombre, l’obscurité restera l’un des visages les plus visibles des limites de l’indépendance.
Martin HIGDE NDOUBA

